A la Jaÿsinia

Etablissement de renommée internationale, conservatoire botanique et parc paysager de valeur, le Jardin Botanique Alpin de Samoëns a derrière lui une longue histoire.

 

Œuvre de Marie-Louise Cognacq-Jaÿ, une grande figure du commerce parisien qui souhaitait offrir un outil touristique à son village natal, le Jardin a vu le jour en 1906, au terme de deux années de labeur. Etagé sur trois hectares et demi, dominant le vieux Samoëns, la « Jaÿsinia » présente quelque huit mille plantes de montagne des cinq continents. Conservatoire botanique, c’est aussi un magnifique jardin paysager qui reflète toute une époque et toute une sensibilité et dont les tableaux rivalisent avec les plus beaux sous-bois de Renoir. On y vient pour chercher, pour comprendre, pour comprendre tout se promenant et en enchantant les sens.

 

Son laboratoire, riche d’une magnifique collection d’herbiers, a reçu des botanistes du plus haut renom. Il demeure un établissement prisé, à l’avant-garde dans de nombreux domaines.

Le jardin du monde

Classé “Jardin remarquable de France”, le Jardin botanique alpin de la Jaÿsinia, et ses 2400 variétés de plantes, propose une promenade poétique à travers la flore alpine et les plantes des montagnes des 5 continents.

Flâner sur les sentiers de ce jardin botanique d’inspiration Art nouveau, qui fait la jonction entre la montagne et la campagne, voilà un des plaisirs offerts à qui découvre Samoëns. Sur ce flanc de colline, au cœur du village, se dégage une impression de liberté et d’harmonie naturelle. Pourtant,  tout ici est maîtrisé, répertorié : « Un jardinier doit savoir être discret, pour que cela ressemble le plus possible au naturel » explique  Christian Chauplannaz, responsable scientifique et technique de la Jaÿsinia. Ainsi, les pissenlits côtoient des tulipes, et l’ail des ours avoisine près de 37 types de pivoines… depuis plus d’un siècle.

Marie-Louise Cognacq Jaÿ, la “bonne Samaritaine”

Unique dans la région, ce jardin est né en 1906 de la volonté d’une femme : Marie-Louise Cognacq Jaÿ. Native de Samoëns, elle fit fortune à Paris en créant avec son mari le grand magasin parisien La Samaritaine. Mais elle n’oublia jamais son village  et acheta un terrain pour construire le Jardin botanique… sur la colline même où elle avait gardé un troupeau de chèvres jusqu’à ses 15 ans !

Une balade sensorielle et dépaysante

Dessiné par le paysagiste Jules Allemand, le jardin serpente à travers 3 km de chemins et offre sur ses 3,7 hectares un panorama de plantes des montagnes du monde entier. L’Europe se découvre avec le chardon bleu des Alpes, ou encore le crocus des Balkans, le Proche-Orient avec le cèdre du Liban. Le séquoia géant ou encore la sanguinaire viennent d’Amérique. L’Asie propose la pivoine du révérend père Delavay ainsi  que le lys des crapauds qui vient du Japon. Des antipodes, on retiendra la véronique arbustive néo-zélandaise. Des noms de plantes qui font rêver… A la Jaÿsinia, vous voyagerez aussi grâce à des parfums surprenants comme celui de l’Arbre à caramel qui, en automne, exhale un doux parfum de caramel quand la rosée se dépose sur ses feuilles tombées au sol…  Vous découvrirez également des fleurs aux couleurs étonnantes, telles ces ancolies au bleu électrique… Et pour parfaire cette balade sensorielle et agrémenter les différents univers de ce jardin, fontaines, cascades, étangs et marais ont été installés à partir d’une source d’eau déviée grâce à des canalisations creusées à la main dans la montagne.

Vous finirez votre parcours par un voyage dans le passé, en découvrant, dans cet écrin de végétation,  la chapelle de la Jaÿsinia, qui date du XVIIe siècle et le château de la Tornalta qui trône au sommet de la colline depuis le XIIe siècle et dont les ruines offrent une vue imprenable sur le village et la vallée du Giffre.

Dans ce jardin hors du commun et hors du temps, les Septimontains confirment qu’ils savent préserver leur patrimoine et leurs racines. Et générer un terreau fertile pour des plantes du monde entier, qui ont  su s’implanter sur un  territoire aux caractéristiques parfois bien différentes de leur milieu d’origine… C’est dire si on se sent bien à Samoëns !

Un lieu dédié à la science

Les jardins ont toujours inspiré les poètes. “C’est un jardin extraordinaire” chantait d’ailleurs Charles Trenet. Il n’évoquait pas celui de Samoëns mais, parait-il, le Jardin des plantes de Paris, siège du Muséum national d’histoire naturelle… Et il se trouve que la Jaÿsinia est sous la direction scientifique du Muséum ! Un trait d’union entre poésie et science qui sied bien au lieu… Car le jardin botanique a aussi une mission scientifique, remplie par Christian Chauplannaz qui œuvre au sein du laboratoire de biologie végétale, construit en 1935 à l’initiative de Gabriel Cognacq, neveu de Marie-Louise. Pendant la bonne saison, il récupère des graines dans le jardin et dans la nature, les nettoie, rédige un catalogue envoyé à 800 adresses dans le monde (des universités et institutions botaniques qui peuvent passer commande). Ainsi, on peut  trouver en Afrique du Sud des plantes de la vallée du Giffre ! Un échange international gratuit, qui bénéficie aussi à la Jaÿsinia, qui perd 5 à 10 % de ses plantes chaque année, celles cultivées au jardin étant  des espèces botaniques, c’est-à-dire sauvages, qui se trouvent dans la nature et ne sont pas modifiées par l’homme.
Le laboratoire abrite également un herbier de référence.

Quelques consignes à respecter : interdit aux animaux, aux vélos, aux trottinettes, pas de pique-niques, pas de cueillette de plantes.

Ouverture :

  • Période 01/05 au 15/09 : 10h-19h
  • Période 16/09 au 31/10 : 10h-17h
  • Période hiver 01/11 au 30/04 : 10h-16h30

En cas de conditions météorologiques défavorables (neige, verglas, vent violent, …), le Jardin botanique alpin est fermé au public.

 

Adresse : 30 Rue du Parc à Samoëns

On remonte dans le temps pour les amoureux du jardin

 

Le Jardin Botanique Alpin « La Jaÿsinia », qui s’étale sur un massif calcaire de presque quatre hectares et domine le village de Samoëns, a vu le jour en 1906. Il est l’œuvre de Marie-Louise Cogancq-Jaÿ, célèbre femme d’affaires parisienne, native de la commune en 1838. Cette dernière, ayant brillamment réussi dans le commerce, souhaitait offrir au village natal un atout touristique susceptible d’attirer à Samoëns une clientèle fortunée.

 

D’un point de vue botanique, le parc a été subdivisé en vingt-sept secteurs de culture, représentatifs des grands espaces montagnards du monde. Des milliers de plants de fleurs, d’arbustes et de baliveaux ont été commandés à des pépiniéristes Suisses et Allemands et mis en culture sur site. D’un point de vue esthétique, la composition de Louis-Jules Allemand illustrait à merveille la sensibilité de la « Belle Epoque » : abandon des formules traditionnelles, attrait pour les formes organiques (Art Nouveau), souci de théâtralisation à travers l’éclairage (peinture impressionniste). Par un beau jour d’été, les couleurs et lumières de la Jaÿsnia devaient être dignes des plus beaux tableaux de Renoir ! Le 2 septembre 1906, tout le Paris mondain se donnait rendez-vous à Samoëns pour inaugurer le Jardin Botanique Alpin. La presse, unanime, célébrait la beauté et l’intérêt du jardin : Madame Cognacq-Jaÿ et Monsieur Allemand avaient réalisé tout simplement… « un chef-d’œuvre ».

 

Pendant une trentaine d’années, le destin de la « Jaÿsinia » fut intimement lié à celui de la commune, et ses moyens furent souvent limités, tant sur le plan humain que matériel. John Briquet, le directeur du conservatoire botanique de Genève, soulevait le problème de l’immense travail que supposait l’entretien du jardin. Là où une équipe active et compétente aurait été requise, les moyens ne permettaient guère l’embauche que d’un seul jardinier.
La mobilisation de 1914 sonnait le déclin de l’établissement. En l’absence d’employé, le parc retournait à l’état sauvage. Les efforts menés dès 1918 ne permirent pas de faire face à la situation. Le parc alpestre sommeillait, loin de son prestige passé.

A l’aube des années 1930 Gabriel Cognacq, neveu de la fondatrice, a consacré de grands efforts pour redonner ses lettres de noblesse à la « Jaÿsinia ». Par l’intermédiaire de ses relations, il a proposé au Muséum national d’Histoire naturelle de prendre en charge la gestion et le développement scientifique du Jardin Botanique Alpin de Samoëns. En 1936, le conseil scientifique acceptait la proposition, en se faisant garantir la plus grande partie du financement par la Fondation Cognacq-Jaÿ.
L’accueil de professeurs et de chercheurs détachés de ce grand établissement requérait certains investissements. Sur un terrain voisin du parc, on construisit un bâtiment abritant des appartements de fonction, des salles de recherches ainsi qu’un laboratoire de biologie végétale. Pour renforcer l’attrait scientifique de « La Jaÿsinia », Gabriel Cognacq a commandité l’acquisition d’une considérable collection d’herbiers (le grand herbier des plantes d’Europe du général Charles d’Aleizette, dont les planches les plus anciennes remontent à l’Ancien Régime !). A l’occasion de l’inauguration du laboratoire, la commune de Samoëns organisait une grande fête pour remercier la Fondation Cognacq-Jaÿ et souhaiter la bienvenue aux professeurs et aux chercheurs qui prenaient la destinée du parc en main.

 

Les artisans de la « nouvelle Jaÿsinia » furent Henri Humbert, Camille Guinet et Roger de Vilmorin. De grands noms de la botanique, de la génétique et de l’écologie ont fréquenté le laboratoire, dont ils ont fait le pied-à-terre de leurs innombrables sorties d’herborisation sur les sommets. Sous la houlette du Muséum National d’Histoire Naturelle, la « Jaÿsinia » a vu s’accroître sa notoriété. Les lieux ont accueilli des centaines d’étudiants en botanique et biochimie, qui se sont consacrés à l’étude des gentianacées, des ombellifères, des rhododendrons… L’animation du laboratoire, la présence de tous ces jeunes chercheurs, ont contribué à forger pour Samoëns l’image d’un petit campus montagnard…

 

Dès les années 1960, le jardin développait sa propre graineterie : ses techniciens allaient récolter des semences de plantes et les proposer aux établissements botaniques aux quatre coins du globe… La « Jaÿsinia », lieu d’observation et de cultures, acquérait la stature de lieu d’échanges.
A l’occasion du cent-cinquantième anniversaire de la naissance de sa fondatrice (1988), le Jardin Botanique de Samoëns faisait l’objet de nouveaux aménagements paysagers et techniques : ses allées étaient discrètement sonorisées, et un dispositif de mise en valeur lumineuse était installé afin de permettre les visites nocturnes, extrêmement bucoliques, dans le ravissement du jardin.

 

Texte et photos : Mickaël Meynet