Faune
Museaux et becs pointent leur nez sur la neige
Juste à l'heure où les derniers colchiques fleurissent dans les prés, la forêt retentit des échos puissants et prolongés du brame. Les cerfs prennent alors possession des clairières, des prairies, des alpages pour se mesurer à leurs concurrents. Une période propice à l'observation et à l'écoute. Au beau milieu de l'hiver, ces mâles vont perdre leurs bois. Certains montagnards en profitent pour dénicher ces trophées gisant au sol ou coincés entre deux branches. Délaissons momentanément les hardes de cerfs et de biches pour prendre de l'altitude. Là-haut, le lièvre variable a revêtu son pelage blanc (d'où son surnom de « blanchot »). Le lagopède alpin n'est pas en reste et a troqué son plumage brun roux contre un habit immaculé. Tout comme le garenne aux grandes oreilles, la perdrix blanche est de mœurs extrêmement discrètes. Le rongeur et l'oiseau sont passés maîtres dans l'art du camouflage, c'est dire s'il sera plus simple de repérer un troupeau de chamois broutant ici et là quelques touffes d'herbe accrochées à d'inaccessibles escarpements rocheux. Idem pour le bouquetin qui, lui, bénéficie d'une protection totale et ne peut donc être chassé.
Bec jaune et pattes rouges, impossible de confondre le chocard avec un vulgaire choucas. Lorsque les conditions météos deviennent exécrables sur les sommets, le petit corvidé débarque en bandes dans la vallée pour trouver sa pitance. Adepte du vol libre, le chocard est un spécialiste des vertigineuses voltiges aériennes. Prodigieux et admirable. Dans les sombres forêts d'épicéas, le ballet coloré des beccroisés et sizerins flammés précède celui des tétras lyres et de leur chant qui annonce l'imminence du printemps et le réveil de la marmotte.
Flore
Des abricotiers à la montagne
Lorsque la neige recouvre de son blanc manteau les paysages de nos vallées, nombre de variétés florales entament une longue hibernation. Ici et là, on peut toutefois apercevoir la partie sommitale d'un buisson de rhododendrons ou d'aulnes verts. Les roses de Noël (Ellébore noire) se ménagent une niche douillette à l'abri d'un rocher ou d'un muret de pierres sèches. Quant à la courte et discrète carline, ses feuilles épineuses et ses bractées argentées composent un élégant bouquet de fleurs séchées sur le bord de la cheminée.
Il faut alors se résoudre à lever son nez sur les montagnes immaculées sur les flancs desquelles s'accrochent des armées immobiles de grands épicéas et de hêtres non dénués de charme ! Ici et là des bosquets de mélèzes émergent aux abords du lac de Gers. Les branches des bouleaux ploient sous le poids d'une neige éphémère. Les grappes de fruits rouges du sorbier des oiseleurs font le régal des merles à plastron plus rarement d'un jaseur boréal. Sous les effets du givre, les cynorhodons de l'églantier se transforment en perles rares. Près des zones habitées, les grives avalent goulûment les baies rouges des houx et les fruits blancs des boules de gui solidement agrippées aux pommiers de vergers vernaculaires. L'observateur attentif sera surpris de découvrir sur la façade ensoleillée d'une ferme de Vallon ou d'un hameau des Adroits, un pied de vigne, un prunier, un poirier voire un abricotier. Taillés avec soin et protégés des gelées printanières, ces arbres fruitiers livreront leurs juteuses productions à la belle saison.

